Divertissement
Lenny Bruce révolutionna la scène comique dès la fin des années 1940 en usant d’un humour acerbe et subversif pour dénoncer les travers de la société. Avec des observations sans concession sur le racisme, la sexualité, la drogue et l’alcool, il se forgea une réputation de comédien de contre-culture. Sa verve choquante attira aussi bien l’admiration que la réprobation, et il ne tarda pas à se heurter à la censure, étant arrêté à de multiples reprises pour des propos jugés obscènes.
En 1961, lors d’un spectacle au Jazz Workshop de San Francisco, Lenny Bruce fut accusé d’avoir violé la loi californienne sur l’obscénité. Le comédien, déjà confronté à de nombreux démêlés judiciaires pour possession de drogues et interdit de scène en Angleterre, se retrouva financièrement en difficulté après s’être vu interdire de se produire dans plusieurs états.
D’après les analyses de David M. Skover, co-auteur de « The Trials of Lenny Bruce, The Fall and Rise of an American Icon », la répression dont fut victime Bruce marqua un tournant décisif pour le monde de la comédie. Son combat pour le droit à la liberté d’expression présage l’émergence des clubs de comédie en tant que bastions de la liberté d’expression aux États-Unis.
Rien ne semblait pouvoir freiner Lenny Bruce, bien que ses problèmes judiciaires eussent fini par lui couper l’accès aux scènes de nombreux états, le limitant à la Californie et à la Floride. Dans les années 1960, ses démêlés répétitifs avec la justice, notamment pour possession de drogues, témoignèrent d’une descente aux enfers accélérée. Un de ses avocats relatait d’ailleurs combien il dégringolait rapidement dans une spirale de dépendances.
En 1966, le comédien succomba dans sa demeure des collines d’Hollywood. Son corps fut découvert dans la salle de bains, une seringue plantée dans le bras, et un message inédit sur une machine à écrire électrique interrompu en plein élan. La police constata la présence d’un bouilloire d’eau en fonctionnement et d’un texte inachevé évoquant une « conspiration visant à porter atteinte au 4e Amendement ». La cause de la mort fut officiellement attribuée à une intoxication aiguë au morphine, résultat d’un surdosage accidentel. Il avait alors 40 ans.
La fin tragique de Lenny Bruce fut perçue par beaucoup comme le prix à payer de sa longue et épuisante bataille judiciaire, faisant de lui, pour certains, un martyr de la liberté d’expression. Quarante ans après sa disparition, son héritage fut réhabilité lorsque le gouverneur de New York, George E. Pataki, lui accorda une grâce posthume.
Son œuvre continue d’inspirer de nombreux humoristes américains, à commencer par des figures emblématiques telles que Richard Pryor. En 2008, sa fille unique, Kitty Bruce, fonda une institution dédiée à la sensibilisation aux dangers de l’alcool et de la drogue, contribuant ainsi à perpétuer la mémoire de son père et l’esprit de contestation qui l’animait.