Histoire · Dossier 69003
À Abydos, 18 crânes renforcent l’hypothèse de sacrifices liés aux tombes royales
Une réanalyse de 46 crânes relève des traumatismes potentiellement mortels sur 18 d’entre eux. Ces traces éclairent le sort de personnes enterrées près des souverains, sans établir celui de toutes les sépultures voisines.

En bref
Sur 46 crânes conservés de personnes enterrées près des tombes royales d’Abydos, 18 portent des traces de traumatismes potentiellement mortels. L’étude de l’égyptologue Roselyn Campbell, publiée le 5 octobre 2026 dans Frontiers in Environmental Archaeology, apporte ainsi un indice matériel à l’hypothèse de serviteurs mis à mort pour accompagner leur souverain. Mais reconnaître une blessure et retrouver la raison d’une mort restent deux questions différentes.[1][2]
Le contexte est celui des tombes de Djer, de Djet et de Merneith, qui aurait probablement régné à la même époque, pendant la première dynastie, il y a environ 5 000 ans. Autour de ces ensembles, près de l’ancienne ville sacrée d’Abydos, des centaines de sépultures avaient déjà intrigué Flinders Petrie lors des premières fouilles, au début du XXe siècle. Leur proximité avec les souverains lui avait fait envisager des sacrifices de personnes à leur service. Le nombre et l’emplacement des tombes ouvraient une piste ; ils ne suffisaient pas à établir comment leurs occupants étaient morts.[1]
La nouveauté se trouve sur l’os lui-même. Le réexamen médico-légal des crânes a identifié notamment des fractures linéaires : elles peuvent se produire lorsque la tête heurte un objet relativement grand ou reçoit un coup de celui-ci, l’impact se dispersant dans la voûte crânienne. Campbell a identifié chez certains individus des traumatismes survenus au moment du décès. Ces lésions donnent donc davantage de poids à une mort violente que la seule disposition des sépultures, mais elles ne permettent pas d’identifier l’arme ou l’objet utilisé.[1][2]
Pour comprendre la portée de ces traces, il faut séparer trois choses : une blessure susceptible de tuer, une inhumation près d’un souverain et le sens donné à cette mort. Leur réunion renforce l’hypothèse de mises à mort liées aux funérailles royales, que Campbell défend. Elle ne révèle pas, à elle seule, si les personnes étaient volontaires ou contraintes, ni si leur mort devait assurer un service dans l’au-delà ou manifester le pouvoir royal. La distinction entre indice et cérémonie se pose aussi à propos des animaux sculptés d’Aquinum : identifier une piste sacrificielle ne restitue pas tout le déroulement d’un rite.[2]
Le décompte de 18 sur 46 doit enfin rester attaché aux crânes conservés et examinés, pas devenir une proportion de victimes parmi toutes les tombes d’Abydos. Petrie avait réinhumé la plupart des restes, à l’exception des crânes. Campbell souligne que les centaines d’autres sépultures ne peuvent pas être assimilées automatiquement à celles de victimes de sacrifices. L’apport de cette réanalyse est plus précis : dans un ensemble limité de restes humains, des blessures potentiellement mortelles donnent une assise matérielle à une hypothèse funéraire ancienne, sans livrer le destin de chaque personne enterrée autour des rois.[2]
Sources
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