Pour mieux comprendre le lien entre milliardaires et pauvreté, il faut d’abord saisir le paradoxe qu’ils incarnent. D’un point de vue psychologique, les milliardaires suscitent un mélange particulier d’admiration, de respect, d’envie et parfois même de mépris. Leurs réussites impressionnent, mais elles amènent aussi une question difficile : faut-il vraiment accumuler autant, alors qu’une petite part de ces fortunes pourrait changer la vie de millions de personnes ?
Certains mettent déjà leur fortune au service des autres. Bill Gates, par exemple, fait partie des milliardaires les plus connus pour son engagement philanthropique. Selon Forbes, il avait donné plus de 40 milliards de dollars sous forme de subventions via la Bill et Melinda Gates Foundation en 2017. Quoi que l’on pense de Windows Vista, il est clair qu’il a choisi d’orienter une grande partie de sa richesse vers ceux qui en ont le plus besoin.

Maintenant, imaginez ce qui se passerait si tous les milliardaires du monde avaient la même volonté de donner. Leur impact pourrait être immense. D’après Money, il existe environ 2 000 milliardaires dans le monde, un niveau jamais atteint jusque-là, et leurs gains cumulés en 2018 auraient atteint 762 milliards de dollars — de quoi, selon cette estimation, éradiquer plusieurs fois l’extrême pauvreté. Ce chiffre illustre à quel point le potentiel financier des fortunes mondiales est colossal.
À titre de repère, la Banque mondiale définit l’extrême pauvreté comme le fait de vivre avec 1,90 dollar par jour ou moins. Heureusement, ce nombre a fortement reculé : il est passé d’environ 2 milliards de personnes en 1990 à près de 750 millions aujourd’hui. Mais la pauvreté ne s’arrête pas à ce seuil. Vivre avec 2, 5 ou 10 dollars par jour reste une situation de précarité profonde, bien loin d’une vraie sécurité économique.
Pour éliminer toute la pauvreté, le Borgen Project avance qu’il faudrait 175 milliards de dollars par an pendant 20 ans, soit 3,5 billions de dollars au total. Rapporté à la richesse des milliardaires en 2019, estimée à environ 8,7 billions de dollars, l’objectif semble financièrement atteignable. Autrement dit, du point de vue des ressources, le monde possède déjà une marge considérable pour réduire la pauvreté mondiale.
Bien sûr, la réalité reste plus complexe. L’argent ne résout pas tout, et toutes les fortunes ne sont pas redistribuées avec la même générosité. Mais il est tout de même réconfortant de constater qu’une solution existe, au moins en partie. Dans l’ensemble, la société devient aussi plus généreuse : Vox indiquait que les dons aux associations caritatives ont atteint 410 milliards de dollars en 2017, un montant que Giving USA juge en hausse presque chaque année depuis quatre décennies. Dans ce contexte, la question des milliardaires et pauvreté reste ouverte, mais l’espoir d’un changement concret n’a jamais semblé aussi tangible.
