Histoire · Dossier 69006
Faux billets de Bojarski : pourquoi le dossier compte plus que la collection
Le détenteur conteste avoir donné les billets retirés de la vente de Drouot. Les Archives nationales les réclament pour leur lien avec un dossier administratif.

En bref
Des faux billets retrouvés dans un grenier, une vente à Drouot prévue le 18 septembre 2026, puis annulée : l’histoire semblait s’achever par un cadeau à la Banque de France. Mais le détenteur a contesté, le 10 octobre, avoir choisi de les donner. Au cœur du différend se trouve moins la rareté des billets que ce qui les accompagnait : un dossier d’enquête, dont les Archives nationales demandent la restitution.[1][2]
Pris séparément, un faux billet de Bojarski peut être regardé comme un objet de collection. Éléonore Alquier, directrice des fonds des Archives nationales, défend ici une autre qualification : ces exemplaires sont des archives publiques parce qu’ils étaient annexés à un dossier de l’Office central pour la répression du faux monnayage. La revendication porte donc sur un ensemble administratif, billets compris, et non sur tous les faux billets du faussaire qui circuleraient entre des mains privées.[2]
Voilà ce qui déplace la question de propriété. Identifier l’auteur d’un billet répond à « qui l’a fabriqué ? » ; établir son rattachement à une enquête répond à « dans quel ensemble a-t-il été conservé ? ». La seconde question est décisive dans la demande de restitution. Comme pour le fragment de l’Iliade d’Oxyrhynque, regarder l’objet seul ferait perdre une partie du problème posé par son contexte. Ici, ce contexte n’est pas funéraire : il est administratif.[2]
Le mot « don » et le mot « restitution » ne racontent ainsi pas la même histoire. Le premier suppose que le détenteur remet volontairement un bien qu’il considère comme sien ; le second correspond à la position des Archives nationales, qui revendiquent un dossier demeuré propriété de l’État. Le détenteur affirme que les billets lui appartenaient et dénonce une remise contrainte. Éléonore Alquier soutient au contraire que les documents n’ont jamais été son bien et qu’ils sont imprescriptibles. Ce sont les deux positions du différend, pas un jugement reproduit ici.[2]
Reste un maillon manquant : comment le dossier a-t-il quitté le circuit administratif pour arriver dans ce grenier tourangeau ? Éléonore Alquier reconnaît que ce parcours n’est pas connu. Elle attendait encore les documents lors de la publication du 12 octobre ; leur arrivée aux Archives nationales ne doit donc pas être tenue pour accomplie à cette date. Le projet est de les réunir aux autres pièces de l’Office central pour la répression du faux monnayage et de les rendre consultables en salle de lecture : non plus une collection dispersée aux enchères, mais un dossier accessible à l’étude.[2]
Sources
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