Histoire · Dossier 69013
À Thăng Long, six mètres de strates éclairent l’histoire d’un centre de pouvoir
Présentées à Hanoï les 15 et 16 octobre 2026, les fouilles de Kính Thiên révèlent plusieurs états d’un même lieu de pouvoir. Leur intérêt tient autant aux relations entre les vestiges qu’aux vestiges eux-mêmes.

En bref
Sur 910 m² fouillés en 2026 à la citadelle impériale de Thăng Long, à Hanoï, des fondations, une base et une cour sont attribuées au palais principal de Kính Thiên de la dynastie Lê. Mais le chantier ne rencontre pas un seul palais : des traces liées au palais de Long Thiên, de la dynastie Nguyễn, y apparaissent aussi. Présentés lors de la conférence nationale d’archéologie des 15 et 16 octobre 2026, ces résultats posent une question plus vaste que celle du plan d’un édifice : comment un même centre de pouvoir s’est-il transformé au fil des siècles ?[1]
La réponse se cherche aussi en profondeur. La couche culturelle du chantier atteint environ six mètres et renferme des vestiges de périodes allant de Đại La à l’époque moderne. Ces six mètres ne sont donc pas l’épaisseur d’un palais : ils réunissent les traces de plusieurs états du lieu. Pour comprendre Kính Thiên, il faut distinguer ce qui appartient à son architecture de ce qui témoigne des usages antérieurs ou postérieurs de cet espace.[1]
L’enjeu est de passer d’une collection de vestiges à une histoire des transformations. Une fondation aide à retrouver une organisation bâtie ; ses relations avec les couches et les autres structures permettent d’étudier la place de cette organisation dans la succession des aménagements. À Thăng Long, ces liens restent à approfondir. Les attributions aux palais Lê et Nguyễn donnent des repères, pas encore une restitution complète de chaque étape du centre politique.[1]
Le nombre d’objets ne résout pas davantage cette question à lui seul. À Chạp Khê, dans la province de Quảng Ninh, la fouille d’un tombeau en décembre 2025 a livré 2 673 objets, avec une première estimation chronologique dans la première moitié du IIe siècle. Pour éclairer les pratiques funéraires ou les liens culturels de la communauté, cet ensemble doit encore être étudié par types, matériaux, fabrication et contexte de découverte. À l’échelle d’un tombeau comme à celle d’un palais, compter les trouvailles et comprendre leur association sont deux opérations différentes.[1]
Même une cartographie précise ne livre pas automatiquement la fonction d’un site. Au Monte Sierpe, au Pérou, des relevés par drone et l’analyse de restes végétaux ont nourri l’hypothèse que des milliers de trous avaient accueilli des paniers de marchandises et participé à un système de comptage. Cette lecture demeure une proposition. Comme pour les animaux sculptés d’Aquinum, dont la présence ne suffit pas à reconstituer un sacrifice, reconnaître des indices n’équivaut pas à retrouver toute la scène passée.[2]
À Kính Thiên, la suite ne se joue donc pas seulement dans ce qu’il reste à dégager, mais dans ce que l’on pourra conserver et mettre en relation. Datation au radiocarbone, analyse des matériaux et modélisation 3D figurent parmi les méthodes mobilisées dans les recherches présentées à Hanoï, sans que leur emploi soit établi pour chacune des structures du palais. Elles peuvent aider à dater, comparer et restituer les vestiges. Elles ne remplacent pas l’enregistrement du contexte : après la fouille, les couches retirées et les relations d’origine entre les objets et leur environnement ne peuvent être rétablies. Pour lire les transformations de ce centre de pouvoir, cette archive du terrain compte autant que les pièces sorties de terre.[1]
Sources
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