Histoire · Dossier 69021
Triangle, 1911 : pourquoi l’évacuation a échoué dans un immeuble resté debout
L’alerte n’a pas atteint tous les étages de Triangle. Entre escaliers impraticables et secours limités, les possibilités de sortie se sont refermées inégalement.

En bref
Le 25 mars 1911, à New York, des employés de l’usine Triangle gagnent le toit et sont secourus depuis l’immeuble voisin. Un étage plus bas, leurs collègues ne découvrent l’incendie qu’à l’arrivée du feu. Ce contraste explique une part essentielle du drame : rester dans le même bâtiment ne signifie pas disposer des mêmes possibilités de sortie. L’incendie fait 146 morts, sans détruire l’immeuble, qui sera réparé.
Au neuvième étage, le feu arrive avant l’alerte
Triangle occupe les huitième, neuvième et dixième étages de l’Asch Building. Le feu part du huitième. Des travailleurs réussissent à prévenir le dixième, mais ne peuvent joindre le neuvième ; aucun système d’alarme incendie ne leur permet de donner l’alerte. L’étage intermédiaire n’est donc pas averti simplement parce qu’il se trouve entre le foyer et les employés déjà prévenus. Cette rupture dans la transmission laisse ses occupants découvrir le danger alors que leurs possibilités de fuite sont déjà réduites. 1
L’évacuation ne se fait pourtant pas dans une seule direction. Des travailleurs du huitième descendent par l’escalier. Au dixième, gagner le toit permet de rejoindre les secours organisés par des étudiants en droit de l’université voisine, à l’aide d’échelles tendues entre les bâtiments. Deux opérateurs d’ascenseur effectuent aussi des voyages répétés et sauvent au moins 150 personnes. Le toit et les ascenseurs constituent donc de véritables voies de fuite, mais leur existence ne garantit pas que chacun puisse les atteindre : seules quelques personnes du neuvième y parviennent. 1
Deux escaliers ne font plus deux issues utilisables
Pour les travailleurs confrontés au feu au neuvième étage, les obstacles se cumulent. Des témoignages présentés au procès décrivent l’escalier du côté de Greene Street entièrement envahi par les flammes. Ils rapportent aussi l’impossibilité d’ouvrir les portes donnant sur l’escalier de Washington Place, devenu leur seule voie de fuite praticable. Il ne s’agit donc pas d’affirmer que toutes les portes de l’usine étaient verrouillées : une voie rendue inutilisable par le feu et une autre inaccessible suffisent à expliquer pourquoi ces travailleurs se retrouvent bloqués. 3 1
Les secours extérieurs ne peuvent pas remplacer ces accès perdus. Les échelles des pompiers n’atteignent que le sixième étage, en dessous des trois niveaux occupés par Triangle. L’escalier de secours extérieur finit par se déformer et s’effondrer. Le bâtiment reste debout, mais cela ne rend ni les escaliers intérieurs accessibles, ni les fenêtres atteignables depuis la rue. La résistance de l’immeuble et la possibilité d’en sortir sont ici deux réalités distinctes. 2 1
L’acquittement ne tranche pas la sécurité des issues
La question des portes a une suite pénale qu’il faut distinguer de ce mécanisme d’évacuation. Les propriétaires, Blanck et Harris, sont acquittés le 27 décembre 1911. Le jury devait déterminer s’ils savaient que les portes étaient verrouillées au moment du feu. Les témoignages sur une sortie impossible à ouvrir et la preuve de cette connaissance ne portent pas sur le même fait. L’acquittement ne constitue donc pas une expertise établissant que les issues étaient sûres ou accessibles. 3
Sources
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