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Histoire · Dossier 69033

À la frontière romaine, vivre côte à côte ne signifiait pas encore former des familles

En Bavière et en Hesse, 258 génomes éclairent une transformation discrète : des populations déjà voisines avant la fin du pouvoir romain ont ensuite davantage mêlé leurs lignées.

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Rubrique
Histoire
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4 citées

En bref

Ils n’ont pas tous attendu la chute de Rome pour arriver. Dans les territoires de l’ancienne frontière romaine aujourd’hui situés en Allemagne, des personnes d’ascendance nord-européenne vivaient déjà avant la fin du pouvoir impérial. Mais être voisins ne signifiait pas encore former des familles ensemble : c’est cette différence que rendent visible les génomes de 258 personnes enterrées en Bavière et en Hesse entre 400 et 700 de notre ère.[1][2]

Le terrain de cette enquête est un ensemble de cimetières à tombes alignées du haut Moyen Âge. Deux composantes d’ascendance s’y rencontrent : l’une liée au nord de l’Europe, l’autre aux populations diverses des provinces romaines, façonnées par des circulations à travers l’Europe et jusque dans certaines régions d’Asie. Le contraste n’oppose donc pas deux peuples homogènes. Il permet de suivre la rencontre de trajectoires démographiques différentes.[2]

Pour comprendre cette rencontre, il faut séparer trois questions : quand des personnes se déplacent-elles, avec qui vivent-elles, et avec qui ont-elles des descendants ? Ici, les déplacements vers le sud avaient commencé avant l’effondrement de l’autorité romaine, par petits groupes, familles ou individus. Pourtant, les nouveaux venus semblent avoir longtemps privilégié les unions au sein de leur communauté. Une présence ancienne peut ainsi coexister avec une séparation durable des lignées : la date d’arrivée ne donne pas, à elle seule, celle de l’intégration familiale.[3]

Le tournant apparaît à la fin du Ve siècle, après environ 470. Des groupes auparavant séparés constituent de nouvelles communautés et partagent des cimetières ; la composition génétique change rapidement avec la multiplication des unions entre eux. Ce qui se transforme n’est donc pas seulement la présence de personnes venues du nord, déjà attestée auparavant, mais la manière dont les lignées se rejoignent au fil des générations. À cette échelle locale, lire tout changement d’ascendance comme l’arrivée d’une nouvelle population ferait manquer une partie essentielle de l’histoire.[1][4]

Des lignées qui se mêlent, des habitudes qui persistent

Ces nouvelles unions ne signifient pas que toute l’organisation familiale a été bouleversée. Les parentés reconstituées dessinent surtout des familles nucléaires, avec des unions monogames et un évitement des unions entre proches parents. Le changement concerne donc les liens entre groupes, sans effacer nécessairement les habitudes familiales héritées de l’Antiquité tardive. Comme dans l’enquête sur la parenté à Ajvide, l’intérêt de l’ADN ancien est de passer du voisinage des sépultures aux liens biologiques que l’on peut effectivement reconstituer.[1][4]

Pourquoi ces groupes s’unissaient-ils moins auparavant ? Des restrictions juridiques ou sociales au mariage constituent une explication proposée par les chercheurs, pas une règle directement retrouvée dans les génomes. Leur affaiblissement lors de la désagrégation du pouvoir romain pourrait avoir facilité les unions. Il faut garder cette distinction : le changement des lignées est le résultat observé ; la disparition de barrières matrimoniales reste une hypothèse pour l’expliquer.[3]

Ces sépultures ne livrent donc pas une explication génétique de la chute de Rome. Elles éclairent une transformation des populations étudiées dans cette région : des personnes déjà présentes avant la fin du pouvoir romain ont davantage formé des familles avec leurs voisins. Le passage décisif n’est pas forcément celui d’une frontière géographique. C’est aussi celui qui sépare vivre à proximité et avoir une descendance commune.[4][1]

Sources

  1. Genome Study Challenges Europe’s Origins Following the Roman Empire
  2. Ancient DNA study rewrites fall of Rome, reveals small migrations shaped Central Europe
  3. DNA Study Challenges Roman Empire Fall Narrative
  4. Ancient DNA Shows Rome’s Fall Wasn’t a Sudden Barbarian Takeover

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