Histoire
Hart Island, située à New York, est avant tout connue comme un cimetière municipal, mais son passé remonte au XVIIe siècle. Les premiers habitants furent les Siwanoy, avant que Thomas Pell ne l’achète en 1654, selon le New York Times. Au fil des années, la propriété de l’île changea de mains et, en 1868, elle fut confiée aux autorités chargées des œuvres caritatives et des prisons de l’État de New York.
Avec l’augmentation de la population et la propagation des maladies, Hart Island fut choisie pour accueillir un grand nombre d’inhumations collectives à partir de 1875, selon Yesterday’s America. L’île servit également de lieu de détention pour des prisonniers et fut même utilisée comme prison de la guerre de Sécession. Parmi l’histoire foisonnante de l’île, un épisode surprenant attire particulièrement l’attention : l’organisation de combats de boxe clandestins au milieu du XIXe siècle.
Isolée et loin des regards, Hart Island devint le théâtre d’événements où l’on pouvait parier, boire et se livrer à des excès sans craindre l’intervention des forces de l’ordre, comme l’explique la New York Public Library.
Au cœur du siècle des Lumières, la boxe sans gants était perçue non pas comme un sport, mais comme un acte répréhensible. Dans ces affrontements, les combattants, non-professionnels et dépourvus de règles de sécurité, s’affrontaient jusqu’à ce que l’un d’eux ne puisse plus se relever. Les rounds n’étaient pas chronométrés : le temps était suspendu jusqu’à ce que l’un des deux adversaires touche le sol, et un répit de 30 secondes était instauré entre chaque round.
Parmi ces combats illégaux, l’affrontement du 20 avril 1842 marque un moment emblématique. Plus de 6 000 spectateurs se réunirent pour assister au duel opposant l’Anglais Billy Bell à l’Irlandais James « Yankee » Sullivan. D’après la New York Public Library, cet événement fut relayé par le New York Daily Express, qui nota avec ironie que des vagabonds et des fauteurs de troubles étaient venus quitter la ville pour assister au combat. Ce jour-là, la frénésie des spectateurs se traduisit même par une baisse temporaire de la criminalité dans New York.
Le combat, qui se prolongea pendant 24 rounds, se solda par la victoire de Sullivan et une récompense de 300 dollars, somme représentant près de 10 000 dollars en valeur actuelle, selon Official Data. Les matchs clandestins sur Hart Island s’estompèrent avec le déclenchement de la guerre de Sécession, période durant laquelle certains optèrent pour le métier risqué de « bounty jumper » afin d’éviter le service militaire.